Il faut commencer par une image. Au milieu d’un champ en Suède, dans les années 1870, des archéologues déterrent une tombe spectaculaire : une épée, une hache, une lance, deux boucliers, des flèches, deux chevaux sacrifiés. Un équipement militaire complet, digne d’un commandant de haut rang de l’époque viking. Pendant près d’un siècle et demi, cette sépulture sera présentée partout comme celle d’un grand guerrier scandinave. Puis en 2017, une équipe de chercheurs suédois publie les résultats de nouvelles analyses ADN : le squelette est celui d’une femme.

Cette simple révision scientifique a suffi à secouer des décennies de certitudes. Parce que l’histoire des femmes vikings, on s’en rend compte peu à peu, a été racontée pendant très longtemps à travers le prisme de ce qu’on voulait y voir. La réalité, elle, est plus nuancée, plus complexe, et franchement plus intéressante que tout ce que la caricature populaire en a longtemps retenu.

Entre droits juridiques étonnamment modernes pour l’époque, figures historiques qui font froid dans le dos, déesses à la puissance dévastatrice, prêtresses que les dieux eux-mêmes consultaient, et guerrières que l’archéologie commence à redécouvrir, il est temps de raconter cette histoire-là. Avec ses zones d’ombre, ses débats, et ses fulgurances.

Une société plus avancée qu’on ne le croit : le statut juridique des femmes vikings

Commençons par ce qui étonne le plus quand on y regarde de près : sur le plan du droit, les femmes scandinaves de l’ère viking, entre le VIIIe et le XIe siècle, jouissaient de libertés qui n’avaient rien d’évident dans l’Europe médiévale de leur époque.

Une femme viking pouvait posséder des terres, gérer ses propres biens et en hériter. Dans certains cas, une fille pouvait même hériter avant des parents masculins éloignés, ce qui était proprement impensable dans la plupart des sociétés européennes contemporaines. En droit islandais et norvégien, une femme célibataire et sans fils pouvait hériter de la charge de chef de famille ou de clan au décès de son père ou de son frère unique. Elle portait alors le titre particulier de baugrygr ou ringkvinna, et pouvait réclamer des dédommagements en cas de meurtre d’un membre de sa famille, exactement comme l’aurait fait un homme à sa place. Ces dispositions ont perduré jusqu’au XIIIe siècle, avant de disparaître progressivement avec l’imposition complète du droit chrétien.

Elle pouvait divorcer. Oui, vraiment. Hommes comme femmes pouvaient demander une séparation selon des règles précises, pour des motifs très divers : maltraitance, négligence, simple incompatibilité. En cas de divorce, la femme récupérait sa dot et souvent une part des biens communs. Cela lui garantissait une sécurité économique réelle en cas de rupture, là où dans la plupart des sociétés médiévales, une femme répudiée se retrouvait à la rue.

Cela ne veut évidemment pas dire que la société viking était égalitaire au sens moderne. Les femmes ne pouvaient généralement pas être jarl, ni juge, ni introduire seules une cause devant le Þing, cette assemblée populaire où se prenaient les décisions politiques majeures. Les mariages étaient le plus souvent arrangés, bien que le consentement de la future épouse fût en général recherché, car ces unions étaient avant tout des alliances entre clans. Les hommes pouvaient avoir des maîtresses, voire les ramener sous le toit conjugal, tandis que les femmes adultères étaient sévèrement punies. Il serait naïf et anachronique de romancer cette époque comme une sorte d’utopie féministe.

Mais en comparaison des femmes d’Angleterre, de France ou du Saint-Empire au même moment, qui n’avaient pratiquement aucun droit sur leurs biens une fois mariées, la femme viking disposait d’une autonomie juridique et économique remarquable. Un détail très parlant : dans la vie quotidienne, elle portait les clés de la maison et des coffres à sa ceinture. Ce trousseau n’était pas un simple accessoire domestique : c’était le symbole visible de son autorité sur le foyer. Quand son mari partait en expédition pendant des mois, voire des années, c’est elle qui dirigeait l’exploitation agricole, gérait les finances, prenait les décisions importantes. Et dans les centres urbains comme Hedeby (Haithabu) au Danemark ou Birka en Suède, les archéologues ont mis au jour des traces claires d’entreprises artisanales dirigées par des femmes, preuve d’une activité économique autonome bien réelle.

Les völva : quand les femmes tenaient le pouvoir de la magie et de la prophétie

Si la question des femmes guerrières reste débattue chez les historiens, celle des femmes magiciennes et prophétesses ne l’est pas du tout. Dans la culture nordique, le seiðr, cet art magique complexe qui incluait divination, guérison, manipulation du destin et parfois malédictions, était presque exclusivement féminin.

Les femmes qui pratiquaient cette magie étaient appelées völva, au pluriel völur. Le mot vient du vieux norrois vǫlr, qui signifie « quenouille » ou « bâton ». Car la völva portait un bâton rituel, le seiðstafr, qui était à la fois son emblème et son outil. C’était son instrument de travail, un peu comme la baguette d’une sorcière dans un conte, sauf que les völur étaient bien réelles et que leur rôle social était considérable.

Une völva en visite dans une communauté était accueillie avec les plus grands honneurs. Elle avait une place de choix au banquet, pouvait parler à qui elle voulait sans égard pour le rang social, et ses prophéties étaient prises très au sérieux. La saga d’Erik le Rouge contient l’un des témoignages les plus détaillés de cette fonction : une völva se rend dans une colonie du Groenland en proie à des temps difficiles, mange un repas rituel composé d’organes d’animaux, écoute un chant sacré entonné par les femmes de la communauté, et entre en transe pour répondre aux questions qu’on lui pose sur l’avenir.

Ce qui rend cette figure particulièrement fascinante, c’est qu’elle dépasse même les dieux masculins du panthéon. Selon la mythologie, c’est la déesse Freyja qui aurait enseigné le seiðr à Odin lui-même. Et cet apprentissage a laissé à Odin une légère honte, car la pratique du seiðr par un homme était considérée comme efféminée, au point que Loki en fait un reproche à Odin dans la Lokasenna, ce poème où les dieux s’insultent mutuellement. Dans la culture viking, la magie était essentiellement affaire de femmes, et les hommes qui s’y risquaient franchissaient une sorte de ligne culturelle.

On retrouve la trace de cette importance spirituelle dans les sépultures. Plusieurs tombes féminines de l’époque viking ont été identifiées comme étant celles de völur, notamment grâce aux bâtons rituels retrouvés à leurs côtés. Ces femmes étaient enterrées avec des honneurs réservés aux plus hauts rangs.

La tombe de Birka : quand l’archéologie renverse tout

Pendant des décennies, les historiens ont débattu de l’existence des skjaldmös, ces guerrières au bouclier mentionnées dans les sagas nordiques. Étaient-elles réelles, ou simplement des figures littéraires nées de l’imagination de chroniqueurs fascinés par les Amazones grecques ?

En 2017, une étude publiée dans l’American Journal of Physical Anthropology par une équipe de chercheurs suédois dirigée par Charlotte Hedenstierna-Jonson a apporté un élément décisif à ce débat. La tombe Bj 581 de Birka, en Suède, connue depuis 1889 et longtemps présentée comme le tombeau d’un grand guerrier viking, a été soumise à des analyses ADN approfondies. Le résultat : le squelette était celui d’une femme. Et autour d’elle, tous les attributs d’un commandant militaire de haut rang : une épée, des flèches, une hache, un couteau de combat, une lance, deux boucliers et deux chevaux. Pas l’équipement d’une simple combattante, mais d’une personne qui planifiait des batailles et qui dirigeait. Elle reposait par ailleurs à côté d’un plateau de jeu de stratégie, élément qui renforce l’hypothèse d’un rôle de tacticienne.

Cette découverte a été à la fois enthousiasmante et controversée. Certains chercheurs, comme Judith Jesch, ont souligné que les sépultures pouvaient être perturbées au fil du temps, que des ossements de différents corps pouvaient se mélanger, que le contexte archéologique méritait d’être réexaminé. D’autres, comme Neil Price, ont défendu la robustesse des preuves ADN. Une seconde étude publiée en 2019 a renforcé les conclusions initiales. Le débat n’est pas totalement clos, mais la tombe de Birka a définitivement changé la manière dont les chercheurs envisagent aujourd’hui la question des femmes guerrières vikings.

Et ce n’est pas un cas isolé. Des études génétiques menées sur les sites d’invasion viking en Angleterre, publiées dans plusieurs revues scientifiques depuis 2014, ont révélé que de 30 à 50% des colons scandinaves retrouvés dans ces zones étaient des femmes. Elles ne restaient pas sagement au foyer en attendant le retour des hommes. Certaines traversaient les mers avec eux, pour coloniser, commercer, et parfois se battre.

Une autre sépulture spectaculaire mérite d’être mentionnée : celle d’Oseberg, en Norvège, découverte en 1904. Un navire de 22 mètres de long, magnifiquement sculpté, contenant les restes de deux femmes, l’une âgée d’environ 80 ans et l’autre de la cinquantaine, enterrées en 834 avec un mobilier somptueux : traîneaux finement ouvragés, voiture en bois sculpté unique en son genre, textiles importés de soie, et plus d’une vingtaine d’animaux sacrifiés. Le navire avait navigué pendant une dizaine d’années avant de servir de tombeau. L’identité des deux défuntes reste débattue. Certains ont avancé le nom de la reine Åsa du clan Ynglingar, grand-mère du roi Harald à la Belle Chevelure. D’autres chercheurs, comme Gunnhild Røthe, ont suggéré qu’il pourrait s’agir d’une prêtresse liée au culte de Freyja. Ce qui est certain, c’est que ces deux femmes occupaient une position au sommet de la société viking, et qu’elles ont été honorées d’une sépulture qu’aucun autre membre de la noblesse n’a reçue à ce degré de magnificence.

Figures historiques : les femmes vikings qui ont réellement existé

Au-delà des débats sur les guerrières, il existe dans les sources des figures féminines vikings bien documentées qui ont marqué leur époque. Et leurs histoires valent largement celles de leurs homologues masculins.

Freydís Eiríksdóttir : l’exploratrice du Vinland

Freydís Eiríksdóttir est probablement la plus connue, et la plus ambivalente. Fille d’Eirik le Rouge, sœur de Leif Eriksson, elle participa aux expéditions vers le Vinland (l’Amérique du Nord actuelle) au tournant du premier millénaire. Sa légende la plus célèbre, rapportée dans la Saga des Groenlandais, la décrit lors d’une attaque de populations autochtones alors que ses compagnons vikings prenaient la fuite. Freydís, enceinte, s’empara de l’épée d’un homme tombé au combat, déchira ses vêtements, frappa son épée contre sa poitrine nue en hurlant. Les attaquants s’enfuirent, terrorisés. Mais la même saga rapporte aussi qu’elle n’hésita pas à ordonner le massacre de ses propres associés lors d’une expédition ultérieure, et à exécuter elle-même les femmes de l’équipage rival quand ses hommes refusèrent de le faire. Freydís est à la fois héroïne et figure redoutable. Elle ne rentre dans aucune case simple, et c’est précisément ce qui la rend inoubliable.

Aude la Sagace : la colonisatrice

Aude la Sagace (Auðr djúpúðga), que les sagas islandaises présentent comme une colonisatrice hors pair, est peut-être la plus impressionnante sur le plan stratégique. Fille de Ketill au Nez Plat, jarl de Bergen, elle épouse Olaf le Grand qui devient roi de Dublin. À la mort prématurée de son mari, puis de son fils, elle prend seule la tête de sa famille élargie, commande sa propre flotte, et mène tous ses gens à travers la Mer du Nord pour s’installer en Islande vers 895. Là, elle distribue librement des terres à ses hommes et ses femmes, accomplit des actes de colonisation qu’aucune femme européenne de son époque ne pouvait même envisager. Son statut est tel que les textes anciens l’évoquent avec un respect réservé aux grands chefs masculins.

Sigrid l’Orgueilleuse : la reine qui choisissait ses rois

Sigrid l’Orgueilleuse (Sigríð hin stórráða) mérite aussi sa place dans ce panthéon. Reine scandinave de la fin du Xe siècle, elle aurait refusé les prétendants qui voulaient la convertir au christianisme, jusqu’à en faire exécuter certains en les brûlant vifs dans leur salle commune pour leur audace. Elle épouse finalement le roi de Danemark en restant fidèle à ses propres termes religieux et politiques. Une femme qui a négocié son destin avec les rois de son temps, sans jamais céder le premier mot.

Gudrid Thorbjarnardóttir : la voyageuse du bout du monde

Gudrid Thorbjarnardóttir est une autre figure qu’on oublie trop souvent. Elle a voyagé plus loin qu’aucune Européenne de son temps : de l’Islande au Groenland, puis jusqu’au Vinland où elle aurait donné naissance à un fils. Elle aurait ensuite fait le pèlerinage à Rome, revenant en Islande vers la fin de sa vie pour finir ses jours comme nonne dans un monastère. Une trajectoire qui fait d’elle l’une des voyageuses les plus extraordinaires du Moyen Âge.

Les skjaldmös et les valkyries : entre histoire et mythe

Le mot skjaldmö, « fille du bouclier » en vieux norrois, désigne dans les sagas nordiques ces femmes qui prennent les armes et combattent aux côtés des guerriers. Le corpus littéraire sur ces figures est considérable. Hervor, dans la saga qui porte son nom, vole l’épée magique Tyrfing dans la tombe de son père et devient chef de guerre, traversant royaumes et batailles avec une obstination redoutable. Brynhild, dans la saga des Völsung, est décrite comme une skjaldmö avant de devenir la figure tragique centrale de l’une des plus belles histoires d’amour et de vengeance de la littérature nordique. Thornbjörg dans la Hrólfs saga Gautrekssonar dirige son propre royaume et mène des armées. Veborg, selon Saxo Grammaticus, aurait combattu parmi les 300 skjaldmös qui tinrent leur rang à la bataille de Brávellir vers 750.

Lagertha, mentionnée par Saxo Grammaticus dans ses Gesta Danorum au XIIe siècle, aurait combattu aux côtés de Ragnar Lodbrok et lui aurait sauvé la bataille en commandant une attaque sur le flanc. Saxo la décrit comme « ayant un esprit incomparable bien qu’un cadre délicat », capable de renverser le cours d’une bataille par sa seule bravoure.

Ces personnages inspirent, fascinent, et divisent les historiens quant à leur degré de réalité. Le camp sceptique, représenté notamment par Judith Jesch et Jenny Jochens, rappelle que la plupart de ces sources sont littéraires, écrites plusieurs siècles après l’ère viking par des auteurs chrétiens comme Saxo, qui était un prêtre hostile à la liberté relative des femmes païennes et s’inspirait largement des légendes grecques des Amazones pour dépeindre ces guerrières. Le camp qui défend une base réelle, autour de chercheurs comme Neil Price et Leszek Gardeła, considère que certaines découvertes archéologiques, et notamment la tombe de Birka, rendent l’hypothèse d’une existence réelle, même minoritaire, de femmes guerrières parfaitement plausible.

Mais au-dessus des skjaldmös, dans la cosmologie nordique, planent des figures encore plus puissantes : les Valkyries. Filles adoptives d’Odin, elles parcourent les champs de bataille à cheval, choisissent parmi les guerriers tombés ceux qui méritent d’entrer au Valhalla, et les escortent jusqu’à la salle d’Odin pour y attendre le Ragnarök. Leur nom en vieux norrois, valkyrjur, signifie littéralement « celles qui choisissent les morts ». Elles ne sont pas passives : ce sont elles qui décident du destin des guerriers, qui valent la mort glorieuse, qui méritent l’éternité. Les textes nordiques en nomment plusieurs, dont Göndul, Skögul, Hildr, Þrúðr, Sigrún, Gunnr, et bien d’autres.

Brynhildr est sans doute la Valkyrie la plus célèbre. Punie par Odin pour avoir désobéi à ses ordres en donnant la victoire au mauvais camp sur un champ de bataille, elle est plongée dans un sommeil magique encerclée d’un mur de flammes, d’où seul le héros Sigurd peut la tirer. Leur histoire d’amour, trahison et vengeance a traversé les siècles et inspiré Richard Wagner pour son cycle de L’Anneau du Nibelung, Tolkien pour certains éléments du Seigneur des Anneaux, et d’innombrables artistes depuis.

Freyja et les déesses : la puissance féminine au cœur du panthéon nordique

Dans le panthéon nordique, Freyja est sans doute la figure féminine la plus riche et la plus complexe. On la réduit souvent à la déesse de l’amour et de la beauté, mais c’est oublier les autres moitiés de son domaine.

Freyja est la première des Valkyries. Elle parcourt les champs de bataille et réclame la moitié des guerriers morts au combat, qu’elle emmène dans son domaine de Fólkvangr, avant même qu’Odin ne prenne sa part pour le Valhalla. Elle est déesse de la fertilité et de la magie, maîtresse du seiðr. C’est elle qui en enseigna les secrets à Odin lui-même. Elle pleure des larmes d’or quand son mari Óðr disparaît mystérieusement, et parcourt les neuf mondes à sa recherche. Elle est à la fois puissante et vulnérable, guerrière et amoureuse, déesse de la naissance et psychopompe qui accompagne les âmes dans l’au-delà. Cette complexité est ce qui la rend si moderne et si frappante à redécouvrir aujourd’hui.

Elle voyage dans un char tiré par deux chats, Bygul et Trjegul, et possède un manteau de plumes de faucon qui lui permet de voler entre les mondes. Les dieux eux-mêmes lui empruntent parfois ce manteau pour accomplir des missions périlleuses. Quand le géant bâtisseur voulut s’emparer d’elle comme prix de la construction des murs d’Asgard, les dieux faillirent céder avant que Loki ne trouve une ruse pour sauver la mise. Freyja n’est pas un trophée passif dans cette histoire : c’est son statut qui est en jeu, et ce statut finit par être préservé.

Frigg, l’épouse d’Odin, est souvent confondue avec Freyja, mais elle est une figure distincte. Déesse de la famille, de la fidélité et de la maternité, elle est aussi l’une des rares à connaître le destin de tous les êtres, au point que même Odin vient la consulter. C’est elle qui tente de sauver son fils Baldr de la mort en faisant jurer à toute chose du monde de ne jamais lui nuire, oubliant seulement le gui par lequel son fils sera finalement tué. Cette histoire tragique est l’une des plus poignantes des Eddas.

Skadi, déesse géante de la chasse, de l’hiver et des montagnes, est une autre figure marquante. Après le meurtre de son père par les Ases, elle s’arme et se rend seule à Asgard pour demander réparation. Les dieux lui offrent le choix d’un époux parmi eux, mais en ne lui laissant voir que leurs pieds. Elle choisit les plus beaux, pensant qu’il s’agit de Baldr, et se retrouve mariée à Njörd, le dieu de la mer. Leur union est un échec cocasse qui en dit long sur l’humour des sagas : elle ne supporte pas le bord de mer, lui ne supporte pas la montagne. Ils finissent par se séparer, et Skadi retourne à ses chasses en solitaire.

Les Nornes enfin, trois figures féminines nommées Urðr, Verðandi et Skuld, tissent le destin de tous les êtres, dieux y compris. Elles sont ce qui échappe à tout contrôle, même divin. Dans la cosmologie nordique, le destin de l’univers tout entier est dans les mains de trois femmes anciennes.

De la série Vikings à God of War : ces femmes que la pop culture a redécouvertes

La culture populaire a longtemps ignoré les femmes vikings ou les a reléguées à des rôles secondaires. Ce n’est plus le cas depuis une vingtaine d’années, et c’est l’une des évolutions les plus intéressantes de la pop culture récente.

La série Vikings (2013-2020), créée par Michael Hirst pour History Channel, a fait une révolution tranquille en plaçant Lagertha, interprétée par Katheryn Winnick, au cœur de l’action. Guerrière, chef de clan, stratège politique, sa trajectoire sur six saisons est celle d’une femme qui trace son propre chemin dans un monde hostile. La série prend bien sûr des libertés considérables avec l’histoire : Saxo Grammaticus n’a jamais mentionné que Lagertha était la mère de Björn Côtes de Fer, par exemple. L’historienne Lucie Malbos a d’ailleurs noté que Lagertha dans la série incarne des valeurs de liberté et d’avant-gardisme en matière de droits des femmes qui tendent à faire oublier la dimension patriarcale réelle des sociétés scandinaves. Mais malgré ces libertés, la série a joué un rôle énorme dans la redécouverte des femmes nordiques par le grand public.

Dans God of War Ragnarök (2022) de Santa Monica Studio, Freya occupe une place centrale. La déesse passe du statut de figure blessée à celui de guerrière qui reprend son pouvoir, dans une trajectoire qui honore sa complexité mythologique originale tout en la réinventant. Sa relation avec Kratos est l’une des plus nuancées de la saga, et la façon dont le jeu traite de son autonomie et de sa maternité dépasse largement le simple divertissement.

L’anime Vinland Saga de Makoto Yukimura explore quant à lui les contradictions de la société viking avec une profondeur rare pour le genre. Les personnages féminins, comme Ylva ou Arnheid, y sont montrés dans la complexité de leur condition réelle, entre autonomie relative et violence patriarcale, sans jamais tomber dans la caricature romantique ni dans le misérabilisme.

Et puis il y a tout un pan de littérature fantasy nordique qui s’en inspire, de Neil Gaiman avec son Norse Mythology (2017) à Joanne Harris avec sa trilogie The Gospel of Loki, qui redonnent aux déesses et aux guerrières la place et la profondeur qu’elles méritent. Sans oublier les travaux de vulgarisation historique comme ceux de Lucie Malbos en France (Les ports des mers nordiques à l’époque viking) qui font dialoguer recherche universitaire et grand public.

Anecdotes insolites : ce que vous ne saviez peut-être pas sur les femmes vikings

Quelques détails que la recherche récente a mis au jour et qui méritent un petit paragraphe à part entière, parce qu’ils renversent pas mal de clichés.

Les Vikings se lavaient les cheveux régulièrement, c’est attesté par les peignes et pinces à épiler retrouvés dans les sépultures féminines comme masculines. Mais plus intéressant encore : un chroniqueur anglais du XIIIe siècle, John de Wallingford, se plaignait amèrement dans ses écrits que les Vikings installés en Angleterre se lavaient tous les samedis, séduisaient ainsi les femmes anglaises et les leur volaient. Le samedi se dit encore aujourd’hui en langues scandinaves laugardagr, littéralement « le jour du bain ». L’hygiène était donc un atout de séduction, et les femmes nordiques n’étaient pas en reste.

Certaines femmes vikings se sont fait tatouer. L’exploration des sites funéraires par les voyageurs arabes comme Ibn Fadlan au Xe siècle mentionne des marques corporelles chez les femmes comme chez les hommes des communautés scandinaves établies sur la Volga.

On a aussi retrouvé dans plusieurs sépultures féminines des clés de coffres portées en pendentifs stylisés, suggérant que le pouvoir sur les biens de la maison pouvait aussi être un emblème esthétique porté avec fierté, y compris dans la mort.

Enfin, petite curiosité qui a du charme : on attribue à Freydís Eiríksdóttir, dans une tradition populaire qui n’est pas confirmée par les sagas mais qui circule depuis longtemps, l’invention du sac de couchage. L’idée aurait été de pouvoir dormir plus confortablement lors des expéditions au Groenland et au Vinland. Vrai ou faux ? Difficile à dire, mais l’image est savoureuse.

Donner corps aux figures nordiques : les créations Eitri and Brokkr

Chez nous, la mythologie nordique est la source d’où tout part. C’est dans cet univers que nous avons trouvé notre nom, notre sens, et nos premières inspirations. Et les figures féminines de ce panthéon occupent une place à part entière dans notre atelier bordelais.

Notre bougie Valkyrie Mystique, Messagère du Valhalla est une création qui honore ces guerrières divines qui chevauchent entre les mondes. Coulée en cire de soja 100% naturelle, avec un bouchon en résine peint à la main, elle capture quelque chose de l’énergie de ces figures à la fois souveraines et en mouvement perpétuel.

Pour ceux qui veulent plonger plus directement dans l’image des guerrières célestes, notre Bougie Danse des Valkyries évoque ces valkyrjur qui traversent les cieux pour escorter les âmes des héros tombés jusqu’à la salle d’Odin. Et pour honorer la figure de Freya elle-même, notre Totem Viking Freya, donne corps à la déesse dans toute sa puissance : une pièce unique, comme chaque création qui sort de notre forge.

Et parce qu’on aime mettre en lumière cette histoire dans son ensemble, on a aussi rédigé un article détaillé sur Freydís Eiríksdóttir et un autre sur la déesse Freya sur notre blog, pour quiconque voudrait aller encore plus loin.

Ce que ces femmes nous disent encore

Ce qui est remarquable dans l’histoire des femmes vikings, c’est qu’elle a longtemps été soit ignorée, soit fantasmée. On les a effacées des manuels, ou on en a fait des guerrières imaginaires pour satisfaire une nostalgie romantique. La vérité, comme toujours, est plus intéressante : une société imparfaite, patriarcale à bien des égards, mais qui accordait aux femmes des droits et des espaces d’autorité que beaucoup de civilisations bien plus tardives leur ont refusés.

Ces femmes possédaient des terres. Elles divorçaient. Elles commandaient des flottes et traversaient des océans. Elles pratiquaient la magie et guidaient des communautés entières par leurs prophéties. Quelques-unes, peut-être plus qu’on ne l’a cru longtemps, prenaient les armes. Et dans leurs mythes, elles choisissaient qui méritait la vie après la mort, enseignaient la magie aux dieux, et pleuraient en or.

L’image qui émerge, c’est celle d’une société où les femmes avaient des rôles multiples, souvent contradictoires, rarement unidimensionnels. Ni les ménagères soumises des caricatures du XIXe siècle, ni les Amazones romantiques de certaines séries télé, mais des êtres complexes dont la place variait selon les régions, les époques, les circonstances.

On n’a pas fini de les redécouvrir. Et chaque fouille archéologique, chaque relecture des sagas à l’aune des études de genre, chaque analyse ADN d’un vieux squelette, contribue à affiner cette image. L’histoire des femmes vikings est en train de s’écrire pour de vrai, et c’est une histoire passionnante.

Si l’univers nordique vous parle, explorez notre collection Mythologie et Histoire : chaque pièce est une façon de garder ces récits vivants.

Pour aller plus loin : sources et bibliographie

Cet article s’appuie sur un corpus de sources académiques, archéologiques et mythologiques que nous recommandons à ceux qui souhaitent approfondir le sujet.

Sources archéologiques et études scientifiques :
Hedenstierna-Jonson, C., et al. (2017). A female Viking warrior confirmed by genomics. American Journal of Physical Anthropology.
Price, N., et al. (2019). Viking warrior women? Reassessing Birka chamber grave Bj.581. Antiquity.
Musée des navires vikings d’Oslo (Vikingskipshuset) : fonds sur la sépulture d’Oseberg et les fouilles de Gabriel Gustafson (1904-1905).
Gustafson, G. (1908). La trouvaille d’Oseberg (Norvège). Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Sources littéraires nordiques (traductions françaises de référence) :
L’Edda poétique et L’Edda en prose de Snorri Sturluson, traductions par Régis Boyer (Fayard).
Saga d’Erik le Rouge et Saga des Groenlandais, dans le recueil Sagas islandaises (Pléiade, Gallimard).
Saga de Hervor et du roi Heidrekr.
Gesta Danorum de Saxo Grammaticus, XIIe siècle.

Études universitaires francophones :
Lucie Malbos, Les ports des mers nordiques à l’époque viking (Brepols).
Régis Boyer, La Vie quotidienne des Vikings, 800-1050 (Hachette).
Thèses et articles disponibles sur le portail de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines de Caen (MRSH), notamment sur les skjaldmær et valkyries.

Institutions de référence :
Le Courrier de l’UNESCO, dossier « Les femmes vikings sortent de l’ombre » (2023).
Musée d’Histoire de Stockholm (Historiska Museet) : collection viking et dossier sur la tombe Bj 581 de Birka.
Cité immersive Viking (France) : ressources pédagogiques sur le rôle des femmes dans la société viking.

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