Les sorcières dans l’histoire : entre mythe et réalité
By Eitri / juin 21, 2026 / Aucun commentaire / Le blog d'Eitri & Brokkr, Culture & influences (mythologie moderne), Magie & ésotérisme
On nous a vendu l’image de la vieille femme au nez crochu, perchée sur son balai, qui fait bouillir des crapauds dans un chaudron. C’est rigolo, mais c’est surtout une énorme manipulation historique. La réalité des sorcières est infiniment plus complexe, plus sombre, et finalement bien plus fascinante que le conte. Alors on remet les pendules à l’heure.
Avant les bûchers : qui étaient vraiment les sorcières ?
Commençons par le commencement, parce que la plupart des gens ont une image complètement faussée de ce qu’était une « sorcière » avant que l’Eglise et les tribunaux ne s’emparent du mot.
Dans les campagnes européennes médiévales, celle qu’on appellerait plus tard « sorcière » n’avait pas ce nom. Elle était la guérisseuse du village, la sage-femme, l’herboriste, parfois la diseuse de bonne aventure. Elle connaissait les plantes qui font dormir et celles qui font accoucher. Elle savait poser les bons emplâtres, préparer les tisanes contre la fièvre, accompagner les naissances difficiles. En gros : elle était le médecin de campagne du peuple, dans une époque où les vrais médecins n’existaient que pour les riches[1].
« Elles représentaient le seul recours vers lequel le peuple pouvait se tourner, et avaient toujours été des membres respectés de la communauté, jusqu’à ce qu’on assimile leurs activités à des agissements diaboliques. »
Mona Chollet, Sorcières : La puissance invaincue des femmes, Zones, 2018[2]
Ces femmes n’étaient pas marginales. Elles étaient indispensables. Les gens venaient les voir pour soigner leurs enfants, gérer leurs douleurs, conjurer les mauvais sorts qui frappaient les récoltes ou le bétail. Leur savoir s’était transmis de femme en femme, de mère en fille, pendant des générations. C’était un savoir empirique, testé, efficace, qui n’avait rien de mystique dans son essence : juste des siècles d’observation de la nature.
Et puis, vers l’an 1200, tout commence à changer. Les premières universités de médecine voient le jour en Europe. Elles codifient l’accès au soin, professionnalisent la pratique médicale. Et naturellement, elles en excluent les femmes. Soigner sans sortir d’une université devient progressivement illégal. En quelques décennies, les guérisseuses passent du statut de pilier de la communauté à celui de praticiennes suspectes[1].
Le mot « sorcière » vient du latin sortiarius, « celui qui tire les sorts ». Etymologiquement, la sorcière est une « diseuse de sort ». En vieil anglais, wicce (sorcière) est directement lié à witan, « savoir ». Une sorcière, c’est d’abord quelqu’un qui sait.
Le grand basculement : quand la guérisseuse devient diablesse
Ce basculement ne se fait pas en un jour. Il se construit sur deux ou trois siècles, progressivement, sous l’effet conjugué de l’Eglise, des épidémies et d’une peur collective qui cherche des boucs émissaires.
La grande Peste Noire de 1347-1351 tue environ un tiers de la population européenne. Les gens ne comprennent pas pourquoi. Dieu les punit, forcément. Et si quelqu’un utilisait la magie pour répandre la maladie ? La logique du bouc émissaire s’emballe. On cherche les coupables dans les marges de la société : les juifs, les lépreux, et ces femmes étranges qui connaissent les herbes et parlent aux morts.
En parallèle, la théologie chrétienne développe progressivement le concept de pacte avec le diable. Avant le XIVe siècle, la magie populaire était vue avec une certaine tolérance par l’Eglise : au pire, c’était une superstition un peu bête. A partir du XVe siècle, la position change radicalement. La magie n’est plus seulement stupide : elle est diabolique. Elle implique forcément un accord avec Satan. Et qui est assez faible de caractère pour pactiser avec le Malin ? Les femmes, évidemment, jugées inférieures en foi et en raison[3].
« Le concept même de sorcellerie ne fut pas formulé avant la fin du Moyen Age, et il n’y eut jamais au cours de l’Age sombre de procès collectifs et d’exécutions, alors que la magie imprégnait la vie. »
Silvia Federici, Caliban et la Sorcière, Entremonde, 2014[4]
C’est un point crucial que beaucoup de gens ignorent : la chasse aux sorcières n’est pas un phénomène du Moyen Age. Elle culmine à l’époque moderne, entre 1550 et 1650 — soit en pleine Renaissance, en pleine Réforme protestante, à l’ère de Léonard de Vinci et de Galilée. Le paradoxe est brutal : la même époque qui accouche des Lumières brûle des milliers de femmes en place publique.
Le Malleus Maleficarum : le livre qui a tué des milliers de femmes
En 1486, un moine dominicain alsacien du nom de Heinrich Kramer publie à Strasbourg un traité qui va changer le cours de l’histoire pour des dizaines de milliers de personnes. Son titre : Malleus Maleficarum. En français : Le Marteau des Sorcières[5].
Ce livre est, pour tout dire, un monument de misogynie codifiée. Kramer y explique en détail que les femmes sont naturellement prédisposées à la sorcellerie à cause de leur faiblesse morale, leur lubricité et leur peu de foi. Il dresse le profil de la sorcière type, liste ses crimes supposés (faire mourir les récoltes, rendre les hommes impuissants, dévorer des enfants…), et surtout, fournit un mode d’emploi complet pour les identifier, les interroger et les condamner.
Le Malleus Maleficarum connaît près de 30 éditions entre 1486 et 1669. Grâce à l’imprimerie (invention toute récente de Gutenberg), il se répand dans toute l’Europe en quelques décennies. C’est l’un des livres les plus vendus du XVIe siècle, juste après la Bible.
Le truc glaçant, c’est que ce texte est fondamentalement mauvais sur le plan intellectuel. L’Eglise catholique elle-même finit par l’interdire en 1490, quatre ans seulement après sa publication. L’Inquisition officielle ne le reconnaît pas comme document de référence. Mais peu importe : il circule, il est lu, il légitime. Les tribunaux civils et ecclésiastiques locaux s’en emparent comme d’un manuel pratique. Et les bûchers commencent à s’allumer.
« On s’aperçoit après examen attentif que la plupart des royaumes de ce monde ont été ruinés par des femmes… »
Heinrich Kramer & Jacob Sprenger, Malleus Maleficarum, 1486[5]
Ce que Kramer décrit n’est pas une réalité : c’est une construction idéologique. Les « sabbats » où les sorcières dansent nues avec le diable, les vols nocturnes à dos de balai, les orgies démoniaques… Tout cela est inventé de toutes pièces, ou extrait de confessions arrachées sous la torture. Personne n’a jamais été au sabbat. Personne n’a jamais volé sur un balai. Mais des milliers de personnes ont avoué l’avoir fait après des semaines de privation de sommeil, de noyade simulée et d’arrachage d’ongles.
La chasse aux sorcières : chiffres, méthodes, géographie
Mettons les chiffres sur la table, parce qu’il y a beaucoup de confusion à ce sujet.
Les historiens estiment qu’entre 40 000 et 70 000 personnes ont été exécutées pour sorcellerie en Europe entre le XIVe et le XVIIIe siècle[6]. D’autres estimations, moins conservatrices, parlent de 100 000 morts. L’historienne Martine Ostorero rappelle qu’il faut rester prudent sur ces chiffres, car « beaucoup de victimes restent dans l’ombre »[6]. Ce qu’on sait avec certitude : environ 80% des condamnés étaient des femmes[7].
Une géographie très inégale
La chasse aux sorcières ne frappe pas l’Europe de façon uniforme. Elle est particulièrement violente dans les zones de fracture religieuse, là où protestants et catholiques se disputent les âmes et les territoires :
- Très touchés : le sud de l’Allemagne, la Suisse, l’Ecosse, la Lorraine, les Pays-Bas méridionaux, la Pologne, la Scandinavie
- Moins touchés : l’Irlande, l’Italie, la péninsule ibérique
L’explication tient en partie à la structure du pouvoir. Les régions les plus touchées sont celles où l’autorité centrale est faible : dans le Saint-Empire romain germanique ou la Suisse confédérale, les tribunaux locaux agissent sans contrôle, et les excès sont plus faciles[6].
Les méthodes d’identification
Comment identifiait-on une sorcière ? Les méthodes sont édifiantes sur le niveau de rationalité de l’époque :
- L’épreuve de l’eau : on jetait l’accusée dans une rivière. Si elle coulait, elle était innocente (morte). Si elle flottait, c’est que le diable la portait, donc elle était coupable. La logique est imparable.
- La marque du diable : on cherchait sur son corps une tache, une verrue ou une cicatrice insensible à la douleur. Les interrogateurs piquaient méthodiquement toute la peau avec une aiguille jusqu’à trouver un point qui ne saignait pas.
- La pesée : dans certaines régions, on pesait l’accusée. Une sorcière devait être trop légère pour voler… ou trop lourde, selon les versions.
- La torture : bien sûr. Et sous la torture, n’importe qui avoue n’importe quoi.
Dans le Valais suisse, les premières chasses aux sorcières organisées font plusieurs dizaines de victimes.
Le pape Innocent VIII autorise officiellement la chasse aux sorcières en Allemagne.
Le « Marteau des Sorcières » de Kramer est publié à Strasbourg. Il deviendra le manuel de référence des chasseurs de sorcières.
La période la plus meurtrière. Guerres de religion, famines et épidémies alimentent la paranoïa collective.
La dernière grande chasse aux sorcières du monde occidental. 20 personnes exécutées, 200 accusées.
Anna Göldi est exécutée en Suisse. Elle sera officiellement réhabilitée… en 2008.
Qui accusait-on vraiment ? Le profil des victimes
Contrairement au cliché de la vieille femme isolée dans sa forêt, le profil des victimes est plus varié qu’on ne le croit. Mais il y a quand même des patterns très clairs.
Les femmes âgées sont surreprésentées. Une femme veuve, sans mari protecteur, qui vit seule, qui a des connaissances que les autres n’ont pas : elle est parfaite pour le rôle. Les femmes pauvres aussi, parce qu’elles n’ont pas les moyens de se défendre juridiquement. Les femmes qui « dérangent » : trop indépendantes, trop intelligentes, trop de répondant, trop peu conformes à l’image de l’épouse soumise et silencieuse[7].
Mais ce serait trop simple de réduire les victimes à des marginales. Des femmes riches ont aussi été brûlées. Des hommes également (environ 20% des victimes). Et parfois, des personnages influents : la mère de l’astronome Johannes Kepler, Katharina Kepler, a été accusée de sorcellerie en 1615 et emprisonnée pendant 14 mois avant que son fils, à force de plaidoiries, parvienne à la faire libérer[8]. Si l’astronome impérial de l’Empereur n’avait pas été là pour la défendre, elle finissait sur le bûcher.
Ce qui ressort de toutes les études historiques, c’est que l’accusation de sorcellerie était souvent un outil de règlement de comptes : voisine trop encombrante, héritière à écarter, femme dont le savoir médical faisait concurrence aux médecins officiels. La sorcellerie, c’était l’accusation parfaite parce qu’elle était impossible à réfuter. Comment prouver qu’on n’a pas fait un pacte avec le diable ?
A partir du XIIIe siècle, les universités de médecine se structurent et excluent les femmes de leur accès. Soigner sans diplôme universitaire devient illégal. Les guérisseuses, qui exerçaient légalement depuis des siècles, se retrouvent du jour au lendemain dans une zone grise juridique qui les rend vulnérables aux accusations[1].
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Salem 1692 : hystérie collective ou règlement de comptes ?
Salem. Ce nom résonne encore aujourd’hui comme le symbole ultime de la folie des foules. Et pourtant, l’histoire de Salem est plus compliquée, plus humaine et finalement plus triste que la légende ne le laisse entendre.
Tout commence en février 1692, dans le village de Salem, Massachusetts. Betty Parris (9 ans) et sa cousine Abigail Williams (11 ans) se mettent à avoir des crises étranges : convulsions, visions, hurlements. Rapidement, d’autres adolescentes présentent les mêmes symptômes. Leur père, le révérend Samuel Parris, convaincu d’une attaque diabolique, les interroge : qui les a ensorcelées[9] ?
Les filles pointent du doigt Tituba, l’esclave caraïbe de la famille, puis Sarah Osborne (une recluse qui ne va pas à l’église) et Sarah Good (une mendiante impopulaire). Trois femmes parfaites pour le rôle : une esclave noire, une marginale religieuse, une pauvresse. Trois femmes sans défense face au tribunal[9].
L’hystérie s’emballe. Les accusations se multiplient. Tout le monde accuse tout le monde. En quelques mois, plus de 200 personnes sont accusées, dont un chien. Vingt personnes sont exécutées (14 femmes et 6 hommes), dont un homme pressé à mort sous des pierres pour avoir refusé de plaider. Des dizaines meurent en prison.
Plusieurs historiens, dont Linnda Caporael dans un article de 1976, ont avancé une explication physiologique aux comportements étranges des premières accusatrices : l’empoisonnement à l’ergot du seigle, un champignon parasite qui contamine les céréales et provoque des hallucinations, des convulsions et des sensations de brûlure. Cette hypothèse reste débattue, mais elle a le mérite d’offrir une explication rationnelle aux « symptômes » décrits.
Ce qui est fascinant dans Salem, c’est comment cela s’arrête. En octobre 1692, le gouverneur William Phips dissout le tribunal spécial après que sa propre femme a été accusée. La logique est limpide : tant que les accusées étaient des marginales sans pouvoir, le jeu continuait. Quand il toucha les élites, tout s’arrêta.
En 2001, la Chambre des représentants du Massachusetts réhabilite officiellement toutes les victimes des procès de Salem[6]. Trois siècles après.
Le balai, le chat noir, le chapeau pointu : d’où viennent ces images ?
Maintenant qu’on a vu l’histoire sombre, amusons-nous un peu avec les symboles. Parce que la sorcière avec son balai et son chat noir, c’est quand même une image qu’on connaît tous, et elle a une origine.
Le balai
Il y a plusieurs théories. La plus sérieuse : les guérisseuses utilisaient des préparations à base de plantes hallucinogènes (belladone, datura, mandragore) qu’elles appliquaient sur la peau ou sur des objets. Le balai, objet du quotidien féminin, aurait servi à appliquer ces onguents. Les effets hallucinatoires donnaient la sensation de voler. Ce sont ces « voyages » psychédéliques que les tribunaux ont transformés en vols nocturnes sur balai vers le sabbat. Les guérisseuses n’allaient nulle part : elles étaient simplement défoncées à la belladone dans leur cuisine[10].
Le chat noir
Au Moyen Age, l’Eglise associe progressivement le chat (et surtout le chat noir) au diable. Ce n’est pas un hasard que les guérisseuses en aient souvent : les chats chassent les souris qui mangent les réserves de plantes médicinales. Mais dans la rhétorique inquisitoriale, le chat noir devient le « familier » de la sorcière, son démon personnel envoyé par Satan. Cette croyance a d’ailleurs contribué à l’extermination des chats en Europe au Moyen Age, ce qui a probablement aggravé les épidémies de peste en laissant les rats proliférer librement. Le paradoxe est saignant.
Le chapeau pointu
Celui-là est plus récent qu’on ne le croit. Le chapeau pointu noir de la sorcière est essentiellement une invention du XIXe siècle, popularisé par les illustrations de contes de fées et les romans gothiques. Il s’inspire peut-être des chapeaux coniques portés par certaines communautés hérétiques médiévales, ou simplement des chapeaux de paille à larges bords que portaient les femmes des campagnes. En tout cas, aucune vraie « sorcière » historique n’a jamais porté de chapeau pointu lors de son procès.
Le chaudron et les potions
Lui, par contre, a une base réelle. Les guérisseuses préparaient effectivement leurs remèdes dans de grands chaudrons en fonte. Décoctions, infusions, cataplasmes : tout se cuisinait. Le chaudron est simplement l’équipement de base de n’importe quelle pharmacie artisanale médiévale. La symbolique maléfique lui a été rajoutée après coup[10].
Les sorcières aujourd’hui : la grande renaissance
Et puis il y a notre époque. Parce que si on parle de sorcières en 2026, c’est aussi parce qu’elles sont partout autour de nous, et pas seulement dans les films d’Halloween.
Depuis les années 1970, on assiste à une réappropriation massive et revendiquée de la figure de la sorcière. Le mouvement féministe américain est parmi les premiers à retourner l’image : si la sorcière est la femme que le patriarcat a voulu détruire parce qu’elle était libre, savante et indépendante, alors être une sorcière, c’est un titre de noblesse[11].
La Wicca : une religion moderne
Dans les années 1950, un Anglais du nom de Gerald Gardner formalise ce qu’il appelle la Wicca, un mouvement spirituel néo-païen qui se revendique des anciennes pratiques magiques européennes. La Wicca vénère une double divinité (la Grande Déesse et le Dieu Cornu), célèbre les cycles de la nature, les saisons, la lune. Elle est aujourd’hui reconnue comme religion officielle aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni[12].
Il faut être honnête : la Wicca n’est pas la continuité directe des guérisseuses médiévales. C’est une construction moderne, syncrétique, qui emprunte à plusieurs traditions. Mais elle incarne quelque chose de réel : un besoin de spiritualité connectée à la nature, en dehors des cadres religieux institutionnels.
La sorcière comme symbole politique
Depuis le mouvement #MeToo, la figure de la sorcière a pris une dimension encore plus explicitement politique. L’essai de Mona Chollet « Sorcières : La puissance invaincue des femmes » (2018) a été un véritable phénomène éditorial en France : la sorcière comme symbole de toutes les femmes persécutées pour leur indépendance, leur savoir, leur refus de se soumettre[2].
Sur les réseaux sociaux, le hashtag #WitchTok rassemble des millions de posts. Les cristaux, les tarots, les herbes, les rituels lunaires : tout ce qui touche à la « sorcellerie douce » explose en popularité, particulièrement chez les jeunes femmes. Ce n’est pas de la crédulité : c’est une recherche de sens, de lien avec la nature, et peut-être une façon de renouer avec un savoir féminin qu’on a essayé d’éteindre pendant trois siècles[13].
« Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant servir pour les femmes d’aujourd’hui de figure d’une puissance positive, affranchie de toutes les dominations. »
Mona Chollet, Sorcières : La puissance invaincue des femmes, Zones, 2018[2]
Ce qui est beau dans tout ça, c’est la boucle que ça boucle. Au départ, il y avait des femmes qui soignaient, qui observaient la nature, qui transmettaient un savoir. On a essayé de les faire taire avec des bûchers et des livres de haine. Et malgré tout, quelques siècles plus tard, leurs descendantes spirituelles sont là, plus nombreuses que jamais, à mélanger des herbes dans leurs chaudrons et à suivre les cycles de la lune. Les chasseurs de sorcières ont perdu.
Conclusion
La sorcière, dans l’histoire, n’est ni le monstre que les tribunaux ont construit ni la fée bienfaisante que certains aimeraient romanticiser. C’est quelque chose de bien plus intéressant : une femme qui savait des choses qu’on aurait voulu qu’elle ignore.
La chasse aux sorcières est l’une des plus grandes injustices de l’histoire de l’Europe. Des dizaines de milliers de personnes, majoritairement des femmes, tuées pour avoir soigné, pour avoir su, pour avoir refusé d’être conformes. C’est une histoire qu’il faut connaître, pas pour en faire un mythe, mais pour comprendre comment la peur, le pouvoir et la misogynie peuvent s’associer pour produire des monstres.
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Sources & références
- Ehrenreich, Barbara & English, Deirdre — Sorcières, Sages-Femmes et Infirmières : Une histoire des femmes de santé, 1973 (trad. française : Cambourakis, 2015). Essai fondateur sur la persécution des guérisseuses comme mécanisme d’exclusion des femmes de la médecine.
- Chollet, Mona — Sorcières : La puissance invaincue des femmes, Editions Zones, 2018. Essai de référence sur la réappropriation contemporaine de la figure de la sorcière.
- Muchembled, Robert — Histoire du diable : XIIe-XXe siècle, Seuil, 2000. Analyse de la construction théologique du pacte diabolique et de son rôle dans la persécution des sorcières.
- Federici, Silvia — Caliban et la Sorcière : Femmes, corps et accumulation primitive, Entremonde, 2014. Analyse marxiste et féministe de la chasse aux sorcières comme instrument de contrôle social et économique.
- Kramer, Heinrich & Sprenger, Jacob — Malleus Maleficarum, Strasbourg, 1486. Traité inquisitorial, source primaire. Edition française annotée : trad. Armand Danet, Grenoble, Jérôme Millon, 1990.
- Wikipedia & sources académiques consolidées — Chasse aux sorcières, article de synthèse (dernière mise à jour 2026) citant notamment Martine Ostorero (Le diable au sabbat, Sismel, 2011) pour les estimations du nombre de victimes.
- Historische Huizen Gent — Les victimes gantoises de la chasse aux sorcières réhabilitées. Etude documentaire sur le profil sociologique des victimes en Flandre, reflétant les tendances européennes générales.
- Caspar, Max — Kepler, Dover Publications, 1993 (biographie de référence). Sur le procès de Katharina Kepler (1615-1621) et la défense menée par son fils Johannes.
- Encyclopédie de l’Histoire du Monde — Procès des sorcières de Salem, 2021. Synthèse académique sur les événements de 1692-1693 et leurs causes.
- CLARA Magazine / Le savoir des sorcières — Article de synthèse sur les pratiques des guérisseuses médiévales et l’origine des symboles associés à la sorcellerie (balai, chaudron, familiers).
- Federici, Silvia — Caliban et la Sorcière, op. cit. Chapitre sur la réappropriation féministe de la figure de la sorcière depuis les années 1970.
- Gardner, Gerald — Witchcraft Today, Rider & Company, 1954. Texte fondateur de la Wicca moderne.
- Le Parisien Matin — Wicca, la religion des sorcières à la mode sur les réseaux sociaux, septembre 2024. Sur la popularité contemporaine des pratiques wiccanes, notamment chez les jeunes femmes.